Canicule et adaptation au changement climatique : un nouveau défi pour nos bâtiments

  • Sanitaire : l’été 2025 s’est traduit par plus de 24 000 recours aux soins d’urgence et 5 700 décès attribués à la chaleur, troisième été le plus chaud depuis 1900. La canicule est désormais la première cause de mortalité liée aux extrêmes climatiques.
  • Social : ménages modestes, personnes âgées, locataires du parc social et habitants des quartiers denses sont les plus exposés. Le confort d’été devient une question de justice sociale.
  • Énergétique : la tentation de la climatisation individuelle alourdit la facture, rejette de la chaleur en ville et alimente un cercle vicieux climatique.

Face à la tentation d’une climatisation généralisée, la réponse la plus robuste repose sur une logique de « passif d’abord » : empêcher la chaleur d’entrer, dissiper celle qui s’accumule, et ne recourir à un froid mécanique qu’en dernier ressort. Cette approche bioclimatique mobilise plusieurs niveaux complémentaires, en commençant par des actions simples et immédiatement activables.

Avant d’investir, la première ligne de défense contre la chaleur repose sur les usages et l’occultation. Une part importante des apports thermiques provient des vitrages : bloquer le rayonnement solaire avant qu’il ne pénètre dans le bâtiment constitue le levier le plus direct, le plus efficace et le moins coûteux. Fermer volets, stores et rideaux en journée en particulier sur les façades exposées, aérer largement le soir et tôt le matin, favoriser une ventilation traversante lorsque c’est possible permettent déjà de limiter fortement la surchauffe, sans investissement.

En complément, des solutions temporaires ou low‑tech peuvent être mises en œuvre rapidement : peintures ou traitements réfléchissants réversibles sur vitrages, protections réfléchissantes extérieures, rideaux épais ou dispositifs d’ombre improvisés. Un rafraîchissement ponctuel par évaporation (sols humidifiés, ventilateur associé à une source humide ou froide) peut apporter un gain de confort local lors des pics de chaleur. L’adaptation des comportements, réduction des sources de chaleur internes, ajustement des usages, des vêtements ou des horaires d’occupation, constitue enfin un levier essentiel, souvent sous‑estimé, du confort d’été.

Au‑delà de ces actions immédiates, la logique du « passif d’abord » s’appuie sur des leviers plus structurels :

  • Enveloppe et ouvertures : isolation, inertie, protections solaires extérieures, vitrages à contrôle solaire, toitures claires ou végétalisées.
  • Ventilation et usages : surventilation nocturne, plans traversants, brasseurs d’air, adaptation des horaires et de l’occupation des espaces.
  • Parcelle et urbanisme : végétalisation, désimperméabilisation, solutions fondées sur la nature, îlots de fraîcheur, géothermie et réseaux de froid pour les besoins résiduels — à l’image du CHU de Poitiers, qui rafraîchit une partie de ses locaux par puisage en nappe.

Lorsque la climatisation devient incontournable, notamment dans certains bâtiments de santé ou équipements sensibles, son usage doit être strictement encadré : équipements sobres et performants, pilotage intelligent, température de consigne jamais inférieure à 26 °C, et alimentation privilégiée par des énergies renouvelables.

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