Programme AMBRE : structurer et sécuriser le réemploi dans le bâtiment

27/01/2026

Lors du salon Renodays fin 2025 à Paris, la filière française du bâtiment a officiellement lancé le programme AMBRE (pour Agir et Mobiliser pour Bâtir et Rénover avec le Réemploi), une initiative stratégique pour transformer en profondeur la façon dont les matériaux de construction sont réemployés sur les chantiers.

Un programme fédérateur et structurant

Coordonné par l’Agence Qualité Construction (AQC), AMBRE repose sur une large collaboration entre les principaux acteurs du secteur :

  • la Fédération Française du Bâtiment (FFB) ;
  • la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) ;
  • l’Union Sociale pour l’Habitat (USH) ;
  • l’Association des Industries de Produits de Construction (AIMCC) ;
  • France Assureurs ;
  • le CSTB, en tant qu’invité permanent au comité de pilotage.

L’engagement collectif a été matérialisé par la signature d’une charte AMBRE lors du salon, affirmant la volonté de massifier le réemploi tout en sécurisant les pratiques professionnelles.

Le programme s’étend sur quatre ans, avec pour objectif de passer d’une pratique marginale à un véritable déploiement à grande échelle.

Pourquoi un tel programme ? Les enjeux du réemploi

Malgré un intérêt croissant pour l’économie circulaire, le réemploi des matériaux de construction reste aujourd’hui très minoritaire en France, représentant moins de 1 % des matériaux mis en œuvre sur les chantiers selon l’ADEME.

Or, le secteur du bâtiment produit chaque année en moyenne 47 millions de tonnes de déchets selon l’ADEME, en faisant de la réduction, du réemploi et du recyclage un levier essentiel pour réduire l’impact environnemental de la construction.

Les principaux freins au développement du réemploi sont bien identifiés :

  • manque de filières organisées ;
  • verrous assurantiels en raison du statut de « technique non courante » du réemploi ;
  • contraintes techniques et logistiques ;
  • manque de références standardisées.

Les quatre axes du programme AMBRE

Pour relever ces défis, AMBRE s’articule autour de quatre axes clés :

  1. Fiabiliser les pratiques : élaborer des protocoles techniques et capitaliser sur des retours d’expérience pour sécuriser la mise en œuvre de matériaux réemployés.
  2. Former les professionnels : sensibiliser artisans, maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage aux spécificités du réemploi des matériaux sur les chantiers.
  3. Capitaliser sur les initiatives existantes : mutualiser l’expérience acquise via des démarches telles que le Booster du Réemploi ou le projet SPIROU du CSTB.
  4. Faciliter l’acceptation assurantielle : développer des outils de traçabilité et de qualification pour rendre le réemploi compatible avec les garanties décennales et dommages-ouvrage, condition indispensable pour rassurer assureurs et professionnels.

Des outils pour passer à l’action

Le programme prévoit plusieurs mesures opérationnelles pour accompagner le secteur :

  • la publication de guides techniques et de fiches pratiques ;
  • la création d’un observatoire national du réemploi ;
  • le lancement de chantiers pilotes dès 2026 dans différents contextes (logements sociaux, bâtiments publics, rénovation).

L’ambition est de normaliser et industrialiser le réemploi, en le rendant économiquement viable, techniquement sécurisé et juridiquement assurable.

Un tournant pour la filière

Pour les acteurs du bâtiment, AMBRE représente une étape essentielle vers une transition écologique durable. Au-delà de l’aspect environnemental, le réemploi devient aussi un levier économique et industriel, favorisant le développement de filières locales, de nouveaux métiers et de circuits courts.

Comme le soulignent plusieurs partenaires, l’objectif n’est plus seulement de recycler, mais bien de réutiliser directement des éléments de construction (portes, menuiseries, cloisons, planchers) avec la même sécurité et fiabilité que les matériaux neufs.

Un cadre réglementaire en évolution

Le programme s’inscrit aussi dans un contexte législatif favorable à l’économie circulaire, avec des obligations croissantes de tri, de valorisation et de diagnostic avant travaux (diagnostic Produits, Équipements, Matériaux, Déchets – PEMD), ainsi que la mise en place de la Responsabilité Élargie du Producteur pour les Produits et Matériaux de Construction et du Bâtiment (REP PMCB).

Mais pour que le réemploi devienne réalité sur tous les chantiers, il faudra lever les derniers verrous techniques, assurantiels et logistiques. AMBRE se donne justement pour mission de faciliter cette transition.

Economie circulaire : qu’en est-il chez ALTEREA ?

En parfaite cohérence avec les ambitions portées par le programme AMBRE, ALTEREA, filiale du groupe ALTYN, intègre depuis plusieurs années les principes de l’économie circulaire et en particulier du réemploi, au sein de ses missions d’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) et de Maîtrise d’Œuvre (MOE).

En 2025, ALTEREA a proposé la mise en place de dispositions relatives à l’économie circulaire (dont le réemploi) sur 45 % de ses projets d’AMO et de MOE.
Dans les faits, 34 % des projets menés en 2025 intégraient effectivement des dispositions opérationnelles en matière d’économie circulaire, traduisant une montée en puissance progressive de ces pratiques malgré des contextes techniques, réglementaires et assurantiels encore contraints.

Ces chiffres illustrent une volonté claire : faire de l’économie circulaire un levier structurant des projets, au-delà de l’expérimentation ponctuelle.

Focus sur un projet emblématique et innovant

Construction du collège provisoire Joliot-Curie à Bagneux (92) – Conseil Départemental des Hauts-de-Seine (92)

Ce projet constitue un exemple particulièrement innovant en matière de démontabilité et de seconde vie des bâtiments.

ALTEREA, en plus de l’analyse des offres au regard des objectifs d’économie circulaire, a mené des études approfondies sur la démontabilité du collège provisoire. Ce volet, particulièrement innovant, a été examiné sous les angles juridique, contractuel, technique et logistique.

Parmi les sujets traités :

  • Étude du périmètre et de la granularité technique de la démontabilité et de la remontabilité, ainsi que de l’adaptabilité à une deuxième vie ;
  • Benchmark des solutions techniques de bâtiments démontables et des acteurs du marché ;
  • Étude de la faisabilité technique et juridique pour l’intégration d’objectifs engageants et performanciels liés à la démontabilité, avec les pénalités associées, et évaluation de la valeur résiduelle du bâtiment en fin de première vie ;
  • Analyse du périmètre du marché et du montage contractuel avec le groupement : scénario d’achat ou de location du collège provisoire par le CD92, mise en place d’une option de rachat, choix d’intégrer ou non le démontage dans le marché, modalités financières de la location, etc. ;
  • Étude de marché des solutions de stockage entre les deux vies ;
  • Prise en compte des obligations réglementaires RE2020 concernant les seuils de 2028, en anticipation de la seconde vie du bâtiment ;

Le résultat est une conception globale prévoyant le démontage puis la remise en œuvre du collège provisoire sur un nouveau site. À l’issue des trois années d’exploitation, le titulaire aura pour mission de gérer le démontage, ainsi que le transport et le stockage éventuel des éléments en vue de leur réemploi par le maître d’ouvrage. Le DOE tient compte de ces démarches.

Ce projet illustre la capacité d’ALTEREA à intégrer l’économie circulaire dès la programmation, et non comme une simple optimisation en phase travaux.

Avec le programme AMBRE, la filière du bâtiment franchit une étape décisive vers la généralisation du réemploi des matériaux. En réunissant professionnels, fédérations, assureurs et experts techniques autour d’un cadre commun, AMBRE répond à un besoin clé : sécuriser, structurer et rendre assurable une pratique encore trop marginale malgré son fort potentiel environnemental et économique.

En levant progressivement les freins techniques, assurantiels et organisationnels, le programme ambitionne de faire du réemploi non plus une exception, mais une solution fiable, reconnue et reproductible sur tous les chantiers.