Face à l’urgence climatique, le secteur du bâtiment tertiaire représente un enjeu majeur de la transition énergétique. En France, il pèse environ 15 % de la consommation d’énergie finale en 2024, ce qui en fait un levier stratégique pour atteindre les objectifs de sobriété et de décarbonation.
Lancé en 2023 avec le soutien de l’Ademe, le projet de recherche Demeter, piloté par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), en partenariat avec l’Observatoire de l’immobilier durable (OID), Efficacity, Orange et Arcora, a publié son rapport final. Son ambition : améliorer la connaissance du parc tertiaire afin de mieux piloter sa transformation énergétique.
Un manque structurel de connaissance du parc tertiaire
L’un des principaux enseignements du projet Demeter concerne l’insuffisante structuration des données sur le parc tertiaire. Aujourd’hui, plusieurs limites freinent la compréhension globale :
- Un inventaire national des surfaces encore perfectible.
- Une catégorisation complexe des bâtiments, notamment en raison de la mixité des usages.
- Des données techniques dispersées entre acteurs.
- Une faible conservation des informations sur la durée de vie des bâtiments.
Ces lacunes se répercutent directement sur la capacité des acteurs à définir des stratégies efficaces à différentes échelles (bâtiment, territoire, national). Le rapport souligne également que certaines données, pourtant existantes, restent difficilement accessibles ou peu exploitables.
Mieux collecter et structurer les données : une priorité
Pour remédier à ces insuffisances, Demeter préconise un renforcement des dispositifs de collecte et de valorisation des données. Plusieurs leviers sont identifiés :
- Mobiliser les données issues des réglementations (DPE, RT 2012, RE 2020).
- Exploiter davantage la plateforme Operat liée au Décret Tertiaire.
- S’appuyer sur les données statistiques de l’INSEE.
- Valoriser les déclarations obligatoires des acteurs économiques.
- Intégrer les données locales de l’énergie.
L’objectif est de construire, à terme, un inventaire national fiable et exhaustif du parc tertiaire. Une telle base permettrait d’améliorer les outils d’analyse, de simulation et de pilotage de la transition énergétique.
Des apports méthodologiques et outils innovants
Au-delà du diagnostic, le projet Demeter propose des avancées concrètes pour mieux analyser et modéliser les bâtiments tertiaires.
D’une part, l’exploitation de la plateforme R4RE de l’OID a permis d’affiner la connaissance des caractéristiques physiques des bâtiments, notamment sur le segment des bureaux (façades, surfaces vitrées, etc.).
D’autre part, Efficacity a développé une méthode innovante de simulation énergétique dynamique (SED). Cette approche repose sur deux éléments clés :
- Une analyse de sensibilité, permettant d’identifier les paramètres les plus influents à étudier lors d’un audit.
- Une approche bayésienne, s’appuyant sur des données réelles de consommation issues notamment des compteurs communicants et de la base de données nationale des bâtiments (BDNB).
Ces outils permettent de cibler plus efficacement les leviers d’action pour réduire les consommations énergétiques et optimiser les investissements.
Les enseignements clés sur la connaissance et l’usage du parc tertiaire
Le projet a également permis d’améliorer la compréhension des caractéristiques physiques et des usages du parc tertiaire. Il met notamment en évidence :
- La nécessité d’intégrer les comportements d’occupation dans les analyses énergétiques.
- La variabilité importante des données selon les acteurs (propriétaires, exploitants, gestionnaires).
- La difficulté d’accéder à certaines données stratégiques, notamment les consommations énergétiques.
En parallèle, Demeter souligne que les évolutions récentes des modes de travail (télétravail, flex office) influencent directement l’occupation des bâtiments et donc leur performance énergétique.
Le projet Demeter marque une étape importante dans la structuration de la connaissance du parc tertiaire français. Il met en lumière un constat partagé : sans données fiables, accessibles et harmonisées, il est difficile de piloter efficacement la transition énergétique.
En proposant des recommandations concrètes et des outils innovants, Demeter ouvre la voie à une approche plus intégrée et plus opérationnelle. La réussite de cette transition reposera désormais sur la capacité des acteurs à mutualiser les données, renforcer les collaborations et structurer une véritable “mémoire technique” des bâtiments.
À terme, cette meilleure connaissance constituera un levier essentiel pour accélérer la rénovation énergétique et atteindre les objectifs climatiques du secteur.
Pour en savoir plus : Projet DEMETER